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Houat divers

De Houat au Belem - partie 1



Je me souviens de cette longue route qui va de Lorient à Quiberon et qui me semblait interminable, de l’arrivée au quai de Port-Maria où attendait l’Enez Houad. Il y avait souvent aussi, dans le port, le Guermeur ou l’Acadie, à destination de Belle-île, et qui semblaient être d’énormes bateaux à cette époque. J’ai dû commencer mes premières traversées pour aller à Houat vers l’âge de cinq ans, à notre retour de Toulon. Je venais avec ma mère, Marie-Claire, rendre visite à mes grands-parents pendant mes congés scolaires et les week-ends. La traversée avec l’Enez était souvent épique, je ne sais combien de fois j’ai restitué mon petit déjeuner à cause du mauvais temps et des odeurs de gaz-oil, Guitton compatissait à mon mal de mer. Un jour de grand soleil et de calme plat, Abel m’a laissé la barre, j’étais très fier, ce fut un moment inoubliable. L’arrivée au port de Houat puis la montée du port semblaient bien longues et bien dures à mes petites jambes. Je retrouvais alors mes grands-parents, René et Simone Scouarnec.

Mon grand-père avait une 2 CV commerciale avec laquelle il allait chercher les marchandises au bateau car il tenait la boutique en face du monument au Morts. A la boutique, il y avait des bonbons dans de grands sacs, des réglisses notamment, je me souviens que j’en mangeais beaucoup, surtout le dimanche, après la messe, car ma grand-mère me donnait un franc pour en acheter. La seule fois où j’ai voulu aider mes grands-parents au magasin, j’ai fait tomber la caisse de fruits… J’allais chercher de l’eau à la plage de la fontaine, dans des brocs émaillés, avec ma grand-mère et ma sœur. Je dormais à l’étage, au-dessus de la boutique.

Puis mon grand-père construisit une petite maison avec une véranda, donnant sur la grand-plage. Il y avait de la vigne dans le jardin qui était séparé du jardin de mon arrière grand-père Ferdinand par une haie de sapins, un petit chemin montait de la maison vers la route du village.

Je me souviens de mon arrière grand-père car, le matin, je lui apportais ses biscottes, qu’il mangeait avec son café , et je me mettais à l’autre bout de la table pour le regarder prendre son petit déjeuner. Il avait toujours sa casquette vissée sur la tête et il me regardait en se demandant quel genre de toto j’étais. Il parlait très peu, puis, un jour, alors que j’allais lui apporter ses biscottes, on m’a dit que ce n’était plus nécessaire, que l’arrière-grand-père était parti ; à cette époque, je me demandais où il pouvait être allé, Houat n’étant pas une grande île. Dans la maison, il y avait un gros tourteau verni (un vrai) suspendu sur le mur au-dessus de la porte de la cuisine. Dans le jardin, il y avait une citerne avec une pompe à main ; un jour, après avoir été pêcher les huîtres, je suis tombé dans la citerne après avoir pris un énorme coup de soleil, je n’avais jamais eu la peau aussi rouge.

Des lis sauvages, des petits œillets roses et du fenouil poussaient sur la dune. Je sortais en courant du jardin de mon grand-père pour dévaler la dune qui allait sur la plage et me baigner, c’était le rêve. Sauf, que l’été, à cette époque, les campeurs plantaient leurs tentes sur la plage, au ras des dunes, et il ne fallait pas se prendre les pieds dans les tendeurs ; l’été, il y avait beaucoup de monde et ça campait un peu partout. A Houat, j’étais très libre, j’allais souvent du côté du vieux port, vers la maison de la famille Renard, dont la fille était très gentille, il m’arrivait aussi d’aller au Salus. Je me baladais beaucoup et parfois ma sœur m’accompagnait, par exemple pour aller chercher des huîtres plates sur la grande plage ; nous en mangions beaucoup, j’en fus même un peu écœuré. Il m’arrivait aussi souvent d’aller du côté du vieux fort, je me demandais à quoi il pouvait bien servir ; les caves étaient pleines d’eau. Je ramassais du persil sauvage que je rapportais à mon grand-père, juste retour des choses, puisque j’ai appris dernièrement dans ses mémoires que c’est lui qui l’avait planté quand il était jeune et qu’il élevait des moutons dans le fort ; à cette époque, mon arrière grand-père Ferdinand avait loué le fort pour 99 ans. J’allais me balader vers la maison des Hollandais, je les ai vu portant de grandes tuniques style Demis Roussos, un peu baba cool, c’était la mode de l’époque. Dans le vallon à droite en montant au village, les houataises, qui portaient alors des bonnets, trayaient les vaches pendant que celles-ci buvaient à l’abreuvoir, elles lavaient leur linge au lavoir et le mettait à sécher sur l’herbe. Du bourg lui-même, je me souviens de la salle des fêtes qui venait d’être construite, pas loin d’un grand figuier, et d’un mariage. J’allais souvent à la boulangerie chez Rémi qui, lorsque je suis revenu à Houat, après une absence de 22 ans environ, s’est souvenu de moi et m’a appelé par mon prénom, je n’en revenais pas ! Dans le village, les Houatais se parlaient d’une maison à l’autre, ou avec les gens qui passaient, appuyés sur la partie basse de leurs portes. Le bourg était silencieux l’été à l’heure de la sieste. L’hiver, quand il y avait du mauvais temps, je faisais profil bas car j’avais un peu peur qu’une ardoise me tombe sur la tête. J’ai tant de souvenirs de cette époque… Par la suite, vers mes douze ans, mes grands-parents sont partis à Plougasnou et je n’ai pu retourner à Houat qu’en 1991.

Après des études scolaires « acharnées » jusqu’au BEPC, je suis parti en apprentissage en cuisine dans un restaurant de Lorient. Puis, comme cuisinier à Tours pendant trois ans, où la mer me manqua terriblement. Au terme de cette période, il était temps de penser au service militaire, que j’ai effectué en tant que volontaire au service long d’une durée de 18 mois. J’ai effectué 8 mois sur le Clémenceau, puis 8 mois sur le Porte-avions Foch, en tant que serveur- barman au mess des officiers-mariniers supérieurs ; j’en garde un très bon souvenir, surtout lors des longues missions en mer et des escales à l’étranger.

Revenu à terre après mon service militaire, le démon de la mer et du voyage m’ayant pris, je n’ai eu de cesse de chercher à travailler à l’étranger ou sur des cargos, des plates- formes de forages… Il m’a fallu attendre un an et demi pour obtenir un contrat de cuisinier au commerce pour une compagnie française exploitant des navires sous pavillon étranger, avec équipage français. J’y suis resté deux ans et demi sans que cela diminue mon goût des voyages et des bateaux. C’est à cette époque, en 1989, que ma compagnie me demanda si j’étais d’accord pour prendre le poste de chef cuisinier à bord du trois-mâts barque Belem. Je ne connaissais pas du tout le Belem, je ne savais même pas que c’était un trois-mâts, je croyais que c’était un pétrolier. On m’a fait comprendre qu’il fallait se décider rapidement. J’ai débarqué le 20 mars 1989 à Amsterdam, le 24 j’étais à Saint-Nazaire à bord du Belem. … et j’y suis toujours malgré une absence de 7 ans pendant laquelle j’étais retourné naviguer sur les cargos.

à suivre : Cuisinier sur le Belem

Commentaires

1 Message

  1. De Houat au Belem - partie 1

    Merci ! Ce récit est passionnant ! Combien de Houatais et de Houataises doivent aussi avoir à en raconter du même genre !
    Oui ! Merci ! ça fait du bien !
    Personnellement un de mes meilleurs clichés/souvenirs de navigation fut une arrivée à Belle-Ile de nuit, de faire le tour du Belem tout illuminé mouillé devant Palais ... Et une autre fois dans le goulet de Brest quelque peu brumeux, le Belem sortant nimbé de brume ... irréel et fantastique ! Et dire qu’à bord il y en a des qui ... travaillent ! en cuisine ! super évocation !

    par Maylen | 27 mai 2011, 00:42

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