> Vous lisez...

Pêche

Benoît Le Roux - L’Appel de la Mer

Naître à Houat. Jusqu’à la moitié du XXème siècle, lorsque l’on naissait à Houat, une carrière toute tracée s’offrait à nous. Père pêcheur, grand père pêcheur, c’était toute une lignée qui se succédait ainsi. Pour Benoît Le Roux, comme l’ensemble des garçons de Houat, la question ne se posait pas. La vie à l’époque n’était pas du tout la même. L’île vivait presque en autarcie.
Il n’y avait pas autant de contact avec le continent. Les liaisons quotidiennes n’existaient pas encore. On ne partait pas pour faire ses courses à la journée. L’organisation était donc différente. Par exemple, les familles avaient des animaux. Chez nous, il y a eu deux vaches jusqu’au début des années 1970. Il y avait aussi le cochon que l’on tuait une fois l’an. La viande était salée et gardée au charnier. En septembre, les hommes pêchaient la vieille que l’on salait également. Cela représentait des réserves pour l’année. Les insulaires cultivaient aussi la terre pour récolter des pommes de terre, quelques légumes, des oignons. À l’époque, tout le bourg était labouré, surtout derrière le vieux village, jusqu’à la poste actuelle.

Comment on devenait pêcheur ? « Je crois qu’on ne pouvait pas penser à faire autre chose. Il n’y avait surtout pas d’autre ouverture à l’époque. Et puis, tout le monde voulait faire la pêche. En plus cela fonctionnait. Il y avait une place pour chacun. Très tôt, on montait à bord. C’est par curiosité que j’ai d’abord essayé à 11 ans sur le bateau de mon oncle. Puis à 13 et 14 ans, j’ai fait les saisons d’été. Finalement j’ai embarqué et débuté mon métier à 15 ans sur le Dominique, un sardinier ».

En 1965-66, il y avait encore 7 sardiniers à Houat. Les bateaux étaient armés en mai. A ce moment de l’année, les poissons étaient plus dans le Sud. « Alors on partait jusqu’au Sables d’Olonne. On y pêchait pendant la semaine. On vendait les sardines sur place et on rentrait pour le week-end. Puis, plus la saison avançait, plus le poisson montait. En juillet et en août, on le pêchait chez nous ».

Voilà comment on débute dans la pêche. On ne pensait à rien d’autre, on suivait les aînés. On leur faisait confiance et ils nous apprenaient le métier. C’était l’école de la vie. Celui qui voulait savoir faire, regardait. Ensuite il se lançait à son tour. Il faisait construire un bateau. Mais là encore, les choses n’ont plus rien à voir avec aujourd’hui. Les bateaux étaient moins coûteux. Généralement, on le payait en une saison. Maintenant, son prix et celui de tout le matériel nécessaire obligent à faire des crédits conséquents sur 15, 20 ans. Si encore le prix du poisson suivait. Mais ce n’est plus le cas. Avant, s’il y avait mauvais temps, un bateau qui sortait et pêchait, vendait bien le produit de son travail. A l’heure actuelle, les cours ne changent pas et les prix sont tirés vers le bas. Il faut compter avec la concurrence, l’importation. L’avenir s’assombrit. Comment un jeune peut faire construire son bateau. Les aides ne sont plus là.

Dans le port St Gildas, en 1973, 46 bateaux de pêche mouillaient. C’était surtout des bateaux de 12-13 mètres qui embarquaient 3 à 4 hommes. A cette époque, l’île était même mal vue par les plaisanciers. Il n’y avait en effet tout simplement pas de place pour eux. Le port était rempli de bateaux de pêche. Lorsque l’on regarde le port du Loric, la carte postale n’est plus la même. Si ce dernier ne s’est pas agrandi, il y a tout de même plus de place pour les plaisanciers.

Généralement quand on embrasse ce métier c’est pour la vie . « Moi qui ai suivi un autre chemin à un moment donné, je m’en suis bien rendu compte Lorsque je me suis marié, ma femme n’était pas houataise. Pour vivre ensemble sur l’île, on a décidé de prendre l’ancien Houat Marché, qui était sous la tutelle du curé. J’ai tenu deux ans à terre. Mais, je n’avais que la pêche en tête. Alors j’ai mis un bateau en construction et je suis retourné à mon métier. Mon bateau, je l’ai baptisé l’Appel de la Mer ». Être pêcheur, ce n’est pas qu’un métier. Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller au port tous les matins. Si les pêcheurs en activité partent en mer, ils ne sont pas les seuls. Les anciens ont souvent un bateau et sortent régulièrement. Mais il existe aussi les aléas de la vie. Pour Benoît Le Roux, c’est un accident qui survient en pêche en 1995. Le constat est simple : la pêche, c’est fini.

Comment rebondir ? La principale envie est de rester sur Houat. Il faut alors se servir de ses capacités et de ses passions. Benoît lui a toujours été intéressé par les maquettes. « Au début ce n’était qu’une occupation, pour voir venir. Il n’y avait aucune intention d’en faire un commerce. Ce sont les amis qui au fur et à mesure m’ont proposé de les exposer, puis ils se sont vendus. Il suffit alors d’une rencontre. À l’époque ce fut celle avec le directeur de l’ANPE. Il a découvert mon travail lors d’une exposition à St Goustan. Ensemble, on a monté un dossier à la COTOREP ». C’est est un organisme qui aide à reclasser les gens qui ont des problèmes de santé et qui doivent changer de métier. « Grâce à ça, j’ai pu monter une micro entreprise en 1997 et acheter une machine pour travailler ; toujours sans savoir où j’allais ! Maintenant j’ai des commandes pour 3 à 4 ans. Je suis le premier surpris par ce succès. J’ai surtout la chance de faire ce que j’aime. J’ai construit mon premier bateau à l’âge de 16 ans. Je travaillais le bois que je trouvais. C’est ma grand-mère à l’époque qui se chargeait de vendre mes réalisations. Et cela se vendait. J’ai pu fabriquer ma première maquette à partir d’un plan que mes sœurs m’avaient acheté à Paris. Durant ma carrière de pêcheur, j’en ai réalisé 5 – 6. C’était des bateaux modernes, des chalutiers, des thoniers. Aujourd’hui, je ne fais plus que des vieux gréements. Pour les réaliser, je travaille à partir de plans et je fabrique toutes les pièces. C’est une activité très enrichissante. Je me documente beaucoup et apprend toujours plein de chose. Je participe aussi à des expositions, où je présente 8 à 10 modèles. C’est une manière de rencontrer d’autres personnes, d’échanger, d’apprendre encore. Mais j’envoie de moins en moins les bateaux sur le continent. J’ai toujours peur de casser quelque chose. Ces déplacements sont très risqués.

Je suis l’un des seuls professionnels dans cette catégorie. Je réalise près de 15 maquettes par an. Ce qui me plaît c’est de réaliser des modèles différents. C’est une manière d’éviter la routine. Lorsque je me lance sur la production d’un nouveau modèle, c’est toujours le premier qui est plus long à réaliser. C’est moi qui choisis les maquettes que je réalise. J’ai également un press-book que je propose aux clients. Certains viennent même avec des plans de maquette qu’ils veulent que je réalise. Mais j’aime moins faire les bateaux modernes. Les plans ne sont pas assez précis. Je préfère les bateaux de pêche. Mes maquettes peuvent être de toutes taille. Si j’ai construit des dizaines de bateaux, je n’arrive pas à en garder. Il y a toujours quelqu’un qui veut les acheter. Cela me fait mal au cœur, mais c’est comme ça. Maintenant j’en offre ou réalise un à chaque naissance d’un de mes petits enfants…














Toutes les photographies de maquettes proviennent de la collection personnelle de Benoît Le Roux.

Commentaires

Articles récents